Statue tournée vers l’Est

 

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ma chère maman,
tu sais bien que je te regarde
chaque fois que le soleil se lève
je pose ma paume au-dessus de mes yeux
par-delà les frontières
tu attends un signe et le soleil se couche à nouveau
et disparaît
 
chez moi dans ce réduit
je parle aux murs en une autre langue
ce sont eux  mes prophètes
qui m’annoncent que ce soir
l’encre coulera dans l’encrier
et je me confesserai à moi-même :
 
serait-ce la fin du monde aujourd’hui?
 
ma chère maman
je ne t’ai pas dit
que depuis que l’on a approuvé le décès comme épreuve olympique
je me suis engagé dans une fabrique de chair à canon
et je tente toujours de donner un uppercut à la chance
je me suis mis sérieusement à boire et à fumer
malade des charmes de la poésie, du délire
et de la couche de fumée
la nostalgie se consume en une flamme de chandelle
et mon corps est en cendres
 
même la souffrance ne m’aime plus
tant de visites dans les hôpitaux l’ont fatiguée
elle me déteste
 
je vis dans un monde où tout se répète
Dieu semble jouer au trictrac avec Lucifer
il fait semblant d’avoir oublié mon état
et je me demande
effrayé par la perspective de me fondre dans l’infini :
 
puis-je mourir aujourd’hui?
 
ma chère maman,
depuis que j’ai appris que je ne suis pas l’unique enfant de mes parents
que j’ai un frère que je n’ai jamais vu
j’ai compris qu’en définitive je peux être gâté moi-aussi
par mon cher papa
comme le fils cadet
j’ai donc recommencé à dessiner des avions
avec les doigts
sur les fenêtres embuées
il gèle ici
j’aurais aimé que ce soit un ange
qui me baise sur le front
lui seul pourrait être toujours et partout
sur la terre ou dans les cieux
mon frère aîné
 
ma chère maman,
en toi se résume l’univers des mots
et la plus belle dédicace que je puisse te faire
n’est pas cette poésie
que je ne peux même pas appeler poésie
car c’est juste un état qui se répète
de bonheur ou de tristesse
lorsque je pense
au seul mot qui me vient à l’esprit
 
« maman »
 
ma chère maman,
tu sais bien que je te regarde
chaque fois que le soleil se lève
je pose ma paume au-dessus de mes yeux
par-delà les frontières
tu attends un signe et le soleil se couche à nouveau
et disparaît
 
 
C.N.&N.P.